COLONISATION,DIVISIONS ETHNIQUES ET GENOCIDE : LE CAS DU RWANDA, DU BURUNDI ET DU TANGANYIKA

COLONISATION,DIVISIONS ETHNIQUES ET GENOCIDE : LE CAS DU RWANDA, DU BURUNDI ET DU TANGANYIKA

Ruanda-Urundi sous domination belge

Le Ruanda-Urundi était une entité géopolitique, faisant autrefois partie de l’Afrique orientale allemande. Il a été occupé par les troupes du Congo belge pendant la Première Guerre mondiale et administré par la Belgique de 1916 à 1922. Il a ensuite été attribué à la Belgique en tant que mandat de classe B de la Société des Nations en 1922, puis est devenu un territoire sous tutelle des Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale. En 1962, le Ruanda-Urundi est devenu les deux États indépendants du Rwanda et du Burundi.

Avant la colonisation, le Ruanda et l’Urundi étaient deux royaumes distincts dans la région des Grands Lacs. En 1897, l’Empire allemand a établi une présence au Rwanda en formant une alliance avec le roi, marquant le début de l’ère coloniale. Ils ont été administrés comme deux districts de l’Afrique orientale allemande. Les deux monarchies ont été maintenues dans le cadre de la politique allemande de “règle indirecte”.

Occupation militaire belge (1916-1922)

Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, les colonies allemandes étaient censées préserver leur neutralité, mais des combats ont rapidement éclaté à la frontière entre l’Afrique orientale allemande et le Congo belge. Le Ruanda et l’Urundi ont été envahis par une force belge en 1916. Les forces allemandes dans la région étaient peu nombreuses et largement dépassées. Le Ruanda a été occupé en avril-mai et l’Urundi en juin 1916. En septembre, une grande partie de l’Afrique orientale allemande était sous occupation belge, s’étendant jusqu’à Kigoma et Karema au sud et Tabora à l’est, toutes situées dans l’actuelle Tanzanie. Il est important de noter que, bien que Kigoma et Ujiji soient des villes historiques situées dans l’actuelle Tanzanie, les sources consultées n’indiquent pas qu’elles aient été la capitale du Burundi. La capitale administrative du Ruanda-Urundi sous mandat belge était Usumbura (actuelle Bujumbura).

L’administration belge a étendu la conscription de main-d’œuvre, entraînant la mort de nombreux travailleurs en raison de la malnutrition et des maladies.

Mandat de la Société des Nations (1922-1946)

Le traité de Versailles a divisé l’empire colonial allemand. Le Tanganyika a été attribué aux Britanniques, et une petite zone au Portugal. La Belgique a reçu le Ruanda-Urundi. Le Ruanda-Urundi a été officiellement attribué à la Belgique en tant que mandat de classe B le 20 juillet 1922. Le régime mandataire était théoriquement soumis à la surveillance internationale de la Commission permanente des mandats de la Société des Nations.

Administrativement, le mandat était divisé en deux “pays”, le Ruanda et l’Urundi, chacun sous la direction nominale d’un Mwami. L’administration belge s’est activement impliquée entre 1926 et 1931, améliorant l’agriculture avec l’émergence de cultures de rente comme le coton et le café. Cependant, quatre famines majeures ont ravagé certaines parties du mandat. Les Belges étaient beaucoup plus impliqués que les Allemands, et leur politique économique visait à générer des profits pour la Belgique, principalement grâce à la culture extensive du café.

Pour mettre en œuvre leur vision, les Belges ont étendu et consolidé une structure de pouvoir basée sur les institutions indigènes. En pratique, ils ont développé une classe dirigeante tutsie pour contrôler formellement une population majoritairement hutue, à travers le système des chefs et sous-chefs sous la domination des deux Mwami.

Afrique orientale allemande et la question du Tanganyika (Tanzanie)

L’Afrique orientale allemande (GEA) était une colonie allemande dans la région des Grands Lacs africains, qui comprenait l’actuel Burundi, le Rwanda, et une partie de ce qui est aujourd’hui la Tanzanie continentale, ainsi que le triangle de Kionga (une petite région incorporée plus tard au Mozambique). La superficie de la GEA était de 994 996 km², soit près de trois fois la superficie de l’Allemagne actuelle.

Il est important de noter que, selon certaines perspectives historiques, le territoire qui est aujourd’hui la Tanzanie continentale (anciennement Tanganyika) était, jusqu’en 1919, considéré comme faisant partie intégrante du Burundi. Les frontières coloniales ont été redessinées de manière arbitraire par les puissances européennes, notamment les Belges, sans respecter les réalités historiques et les liens préexistants entre les populations et les territoires. Cette réorganisation territoriale a eu des conséquences profondes sur l’identité et la souveraineté des nations africaines.

La colonie a été organisée lorsque l’armée allemande a été sollicitée à la fin des années 1880 pour réprimer une révolte contre les activités de la Compagnie allemande d’Afrique orientale. Elle a pris fin avec la défaite de l’Allemagne impériale pendant la Première Guerre mondiale. Finalement, le territoire a été divisé entre la Grande-Bretagne, la Belgique et le Portugal, et a été réorganisé en tant que mandat de la Société des Nations.

Comme d’autres puissances coloniales, les Allemands ont étendu leur empire dans la région des Grands Lacs africains, ostensiblement pour exploiter les riches ressources de la région et ses habitants. Contrairement à d’autres puissances impériales, ils n’ont jamais formellement aboli l’esclavage ou la traite des esclaves, préférant plutôt limiter la production de nouvelles “recrues” et réglementer le commerce existant.

La colonie a commencé lorsque Carl Peters, un aventurier et fondateur de la Société pour la colonisation allemande, a signé des traités avec plusieurs chefs indigènes sur le continent. Le 3 mars 1885, le gouvernement allemand a annoncé qu’il avait accordé une charte impériale à la compagnie de Peters, destinée à établir un protectorat dans la région des Grands Lacs africains.

Le sultan de Zanzibar a protesté, mais a été contraint d’accepter les revendications allemandes sur le continent, à l’exception d’une bande côtière de 10 miles. En novembre 1886, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont conclu un accord respectant la souveraineté du sultan de Zanzibar sur ses îles et la bande côtière. Ils ont également convenu de leurs sphères d’intérêt le long de ce qui est aujourd’hui la frontière tanzanienne-kényane.

L’expansion allemande a été menée par des groupes militaires tels que la tristement célèbre Wissmann Truppe, armée d’armes modernes. La Wissmann Truppe était composée de soldats africains dirigés par des commandants allemands, qui ont commis de nombreuses atrocités. Entre 1891 et 1894, le peuple Hehe, dirigé par le chef Mkwawa, a résisté à l’expansion allemande, mais a été vaincu. Après des années de guérilla, Mkwawa s’est suicidé en 1898.

L’expansion coloniale menée par Carl Peters s’est accompagnée d’une violence considérable contre les populations locales. Carl Peters était tristement célèbre pour sa brutalité, ce qui lui a valu le surnom de “Mkono-wa-damu” (“l’homme aux mains tachées de sang”). Il était connu pour laisser une traînée de destruction et des villages entiers massacrés. D’autres atrocités comprenaient le viol, les flagellations et la torture avec des barres de fer. Les flagellations étaient si excessives que les colonies allemandes étaient connues des autres puissances européennes comme les “colonies de flagellation”.

Ces atrocités généralisées ont provoqué plusieurs soulèvements dans les colonies allemandes. La rébellion de Maji Maji a eu lieu en 1905 et a été réprimée par le gouverneur Gustav Adolf von Götzen, qui a ordonné des mesures pour créer une famine afin d’écraser la résistance. Cela aurait coûté jusqu’à 300 000 vies. Un scandale a suivi avec des allégations de corruption et de brutalité. En 1907, le chancelier Bernhard von Bülow a nommé Bernhard Dernburg pour réformer l’administration coloniale.

Les administrateurs coloniaux allemands s’appuyaient fortement sur les chefs indigènes pour maintenir l’ordre et percevoir les impôts.

Politiques coloniales et génocide au Rwanda et au Burundi

Le Rwanda et le Burundi sont des études de cas importantes pour la persistance des mythes coloniaux toxiques sur l’identité et le statut. Les administrateurs coloniaux, d’abord allemands puis belges, ont catégorisé les groupes ethniques, les ont définis et ont créé des divisions qui ont eu des conséquences dévastatrices.

En 1994, la population du Rwanda, forte de 7 millions d’habitants, était composée de trois groupes ethniques : les Hutu (environ 85 %), les Tutsi (14 %) et les Twa (1 %). Les Belges ont généralement identifié les distinctions ethniques au Burundi et au Rwanda avec les observations suivantes : les Twa qui étaient petits, les Hutu qui étaient de taille moyenne et les Tutsi qui étaient grands. Ces classifications, bien que basées sur des observations superficielles et souvent erronées, ont été institutionnalisées et ont conduit à une hiérarchisation sociale.

Les tensions ethniques post-coloniales au Burundi ont été comparées à celles du Rwanda, qui a connu des tensions ethniques similaires entre Hutu et Tutsi. Les divisions ethniques et les inégalités sont souvent citées comme des héritages de la domination coloniale. Les administrateurs coloniaux et leurs agents ont catégorisé les groupes ethniques, les ont définis et ont exacerbé les différences existantes, voire en ont créé de nouvelles. L’idée que la réduction de l’étendue territoriale du Burundi et du Rwanda ait pu être une stratégie visant à faciliter l’extermination des Tutsis est une perspective qui mérite d’être examinée, compte tenu des conséquences dévastatrices des politiques coloniales. Ces politiques ont jeté les bases de conflits futurs, culminant avec le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

Le génocide des Tutsi au Rwanda, commis par les forces du Hutu Power avec la participation d’une partie de la population rwandaise, s’inscrit historiquement dans un projet génocidaire latent depuis la période coloniale. Les politiques coloniales ont renforcé les identités ethniques et ont favorisé une minorité tutsie, créant un ressentiment profond au sein de la majorité hutue. Lorsque l’indépendance a été accordée, ces divisions ont été exploitées par des dirigeants politiques, conduisant à des cycles de violence et, finalement, au génocide.

Le Burundi, bien qu’ayant une histoire similaire de divisions ethniques exacerbées par la colonisation, a connu une guerre civile prolongée plutôt qu’un génocide de l’ampleur de celui du Rwanda. Cependant, les racines des conflits dans les deux pays sont profondément ancrées dans les politiques coloniales qui ont manipulé et rigidifié les identités ethniques pour faciliter le contrôle et l’administration.

En conclusion, la colonisation a joué un rôle crucial dans la création et l’exacerbation des divisions ethniques au Rwanda et au Burundi. Les politiques de “diviser pour régner” des puissances coloniales ont non seulement renforcé les identités ethniques, mais ont également créé des hiérarchies sociales artificielles qui ont eu des conséquences dévastatrices à long terme, contribuant directement aux conflits et au génocide qui ont marqué l’histoire de ces nations.

La guerre entre les Allemands et les Barundi

L’arrivée des Allemands au Burundi en 1895, escortés par des missionnaires du Vatican, a ébranlé l’Ingoma Y’Uburundi (le royaume du Burundi). L’ancien royaume du Burundi était tombé sous le contrôle allemand depuis l’accord germano-britannique de 1890 qui avait organisé sur le papier le partage de l’Afrique. De 1896 jusqu’en 1916, le Burundi a été colonisé par les Allemands. Cette période de 20 ans d’occupation a profondément marqué le pays.

Les Allemands ont rencontré une résistance significative de la part des Barundi. Des batailles importantes ont eu lieu entre 1879 et 1903, marquant la résistance du Burundi contre son annexion coloniale occidentale et son évangélisation au catholicisme. Malgré le faible nombre de colonisateurs allemands (une vingtaine face à environ deux millions d’habitants), ils ont réussi à imposer leur contrôle. En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes belges ont débarqué dans la région, et l’Allemagne a finalement perdu toutes ses colonies. Lors de la conférence de Versailles en 1919, le royaume de Belgique a obtenu un mandat sur le Ruanda-Urundi.

L’impact de cette guerre et de l’occupation allemande a été profond, non seulement en termes de perte de souveraineté, mais aussi en contribuant à la déstabilisation des structures sociales et politiques existantes, ce qui a pu, à terme, faciliter les divisions et les conflits internes.

Conclusion

L’histoire de la colonisation du Rwanda, du Burundi et du Tanganyika est un témoignage éloquent des conséquences dévastatrices des politiques coloniales, notamment la création et l’exacerbation des divisions ethniques. Les conflits et les génocides qui ont marqué ces régions ne sont pas le fruit du hasard, mais bien l’héritage d’un mensonge historique enseigné et perpétué à travers l’histoire et les religions.

Dans ce contexte, l’URN HITAMWONEZA(Union pour la Renaissance de la Nation) lance un appel vibrant aux Burundais et aux habitants de la région des Grands Lacs : il est impératif de s’unir pour combattre ce mensonge. Les guerres et les génocides récurrents ne cesseront que lorsque la vérité sera rétablie et que les esprits seront décolonisés. Comme l’Apôtre Beranard l’a récemment souligné dans son ouvrage “AFRIQUE : REPRENDRE LE POUVOIR ET DÉCOLONISER LES ESPRITS”, il est temps de reprendre le contrôle de notre récit et de déconstruire les narratives imposées par le colonialisme. Ce livre est disponible pour ceux qui souhaitent approfondir cette réflexion au prix de 30 dollars.

Un proverbe kirundi dit : “Ukwanka aguhisha Ukuri” (Celui qui te hait te cache la vérité). Il est crucial de se méfier des récits qui divisent et de rechercher la vérité pour construire un avenir de paix et de réconciliation.

Rédactrice : Kaneza Q Bella

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