Les Jubilés et Jasher à la lumière du Testament de Yehoshua : histoire, lois et justice divine
Le livre intitulé Le Testament de Yehoshua : les secrets révélés de Jésus et la Bibliothèque divine écrit par Shaliach Ntungwanayo et Rabbi Ruterana propose une lecture comparative de textes anciens ; de prophéties ; de lois religieuses et de questions liées à la gouvernance.
Parmi les textes étudiés figurent le Livre des Jubilés et le Livre de Jasher. Ces deux écrits sont utilisés pour élargir la réflexion sur l’histoire des patriarches, les commandements divins, le calendrier sacré et la manière dont le message de Yehoshua peut être interprété sous l’angle de la justice et de la gouvernance.
Précision importante : les Jubilés et Jasher ne sont pas le « Livre des morts » de l’Égypte ancienne. Il s’agit de textes différents, associés à l’histoire de la littérature juive ancienne. Dans le présent article, ils sont étudiés comme des sources permettant de comprendre certaines idées religieuses et historiques anciennes. Leur origine, leur date et leur statut ne font toutefois pas l’objet d’un consensus identique.
La maison d’édition et la vocation de l’ouvrage
Selon sa préface éditoriale, INTAHE Y’UKURI KWA AFIRIKA « La source de la vérité de l’Afrique » est une maison d’édition africaine consacrée à la mémoire, au savoir et à la vérité historique. Elle publie des travaux portant notamment sur l’histoire, la culture, la spiritualité, la théologie, la philosophie, les sciences, la politique, les sciences sociales, la diplomatie et l’histoire des civilisations.
La maison affirme vouloir soutenir les auteurs et chercheurs africains, ainsi que les personnes qui écrivent sur l’Afrique, afin que les témoignages, les connaissances et la sagesse issus du continent soient transmis dans le respect de leur origine et sur la base de recherches sérieuses. Elle précise ne pas vouloir imposer une opinion unique, mais encourager la recherche, la réflexion libre, le dialogue constructif et la quête de la vérité à partir des sources, des preuves et de l’analyse.
Dans cette perspective, la préface présente Le Testament de Yehoshua : les secrets révélés de Jésus et la Bibliothèque divine comme un ouvrage de recherche composé de vingt parties. Le livre associe l’histoire des civilisations, l’étude des textes anciens, la théologie, la philosophie, la linguistique, la politique, les sciences sociales et la diplomatie.
Le parcours annoncé commence par des questions sur l’origine et la nature des révélations, puis aborde la formation du canon, les manuscrits anciens, les traditions juives, le Livre d’Hénoch, le Livre des Jubilés, le Mets’hafe Kidan et d’autres témoignages historiques. Il cherche ainsi à examiner les origines de la foi et les conditions dans lesquelles les Écritures ont été transmises aux peuples.
L’ouvrage s’intéresse également à Yehoshua dans son contexte hébraïque, historique et spirituel. Il aborde les racines hébraïques de la foi, le calendrier biblique, la justice divine, l’Alliance, l’origine du mal, le rôle des êtres célestes, la restauration des justes et l’espérance du monde à venir.
Pouvoir politique, institutions religieuses et décolonisation du savoir
La préface indique que le livre examine de manière critique la relation entre l’autorité de l’État, les responsabilités des dirigeants et l’autorité de Dieu. Selon la perspective défendue par les auteurs, le pouvoir doit servir tous les citoyens et les gouvernants doivent promouvoir la justice, la vérité, la paix, l’obéissance aux commandements de Dieu et le bien-être de la population.
Le livre invite aussi à réfléchir au rôle des institutions religieuses. Il soutient que les responsables politiques et les responsables religieux doivent exercer leurs responsabilités dans un cadre d’autorité et de responsabilité, et il questionne les situations dans lesquelles des traditions humaines, des intérêts institutionnels ou des opinions particulières remplacent les commandements de Dieu. Cette position relève de l’argumentation des auteurs ; elle doit être distinguée des règles constitutionnelles propres à chaque État et du principe de liberté de conscience.
L’ouvrage appelle par ailleurs à un dialogue constructif entre les religions et les États. D’après sa préface, un tel dialogue devrait permettre de revenir aux sources, d’examiner les enseignements et les traditions, puis de discerner ce qui favorise la justice et la paix. Les auteurs espèrent qu’il puisse contribuer à prévenir la violence, l’injustice, les divisions, les idéologies discriminatoires et les génocides.
Un autre axe est la décolonisation du savoir. Celle-ci n’est pas présentée comme le rejet d’une culture au profit d’une autre, mais comme un réexamen des origines, des langues, des traditions et des héritages qui ont façonné les connaissances religieuses et historiques.
Dans ce cadre, Alkebulan, terme que les auteurs utilisent pour désigner l’Afrique, occupe une place particulière. Le continent y est présenté comme porteur d’une mémoire, d’une sagesse, d’une culture et d’un rôle majeurs dans l’histoire de l’humanité, des civilisations et des traditions bibliques. La maison d’édition souhaite ainsi contribuer à restaurer la voix de l’Afrique et à redonner de la valeur à son patrimoine, tout en appelant les lecteurs à une approche ouverte, critique et fondée sur l’examen des preuves.
L’esprit du livre : retrouver les chemins anciens
La nouvelle préface présente trois passages bibliques comme expressions de l’esprit dans lequel l’ouvrage a été conçu : Deutéronome 29:29, sur les choses cachées et les choses révélées ; Jérémie 6:16, qui invite à rechercher les anciens chemins ; et Jean 8:32, sur la vérité qui libère. Pour les auteurs, ces textes résument trois orientations : reconnaître les limites du savoir humain, rechercher les racines anciennes de la compréhension et considérer la vérité comme une force de libération spirituelle et intellectuelle.
Le livre est décrit comme l’aboutissement d’un long parcours d’étude, de recherche et de réflexion. La préface précise que l’un des auteurs écrit depuis de nombreuses années sur l’histoire, la pensée politique, la philosophie et la théologie, et qu’il a également étudié et enseigné les Saintes Écritures en qualité de Shaliach, terme présenté ici comme « messager de Dieu » ou « son représentant ».
Cette démarche a conduit au lancement d’un programme de formation et de recherche qui a réuni, pendant deux ans, les auteurs et d’autres collaborateurs. Leur objectif était de mieux comprendre les Écritures en faisant dialoguer la philosophie d’Alkebulan, une théologie fondée sur la Parole de Dieu, l’histoire des civilisations, les langues anciennes et le contexte culturel des textes bibliques.
Une approche interdisciplinaire et l’unité de la famille humaine
La préface affirme que les Écritures ne peuvent être pleinement comprises lorsqu’elles sont séparées de leur contexte historique, linguistique et culturel. Chaque révélation est liée à un contexte, chaque mot possède une histoire et chaque culture transmet une mémoire particulière. La recherche de la vérité doit donc porter à la fois sur les textes et sur le monde dans lequel ils ont été produits et transmis.
La méthode annoncée associe l’interprétation biblique, l’histoire des religions, la philologie, l’anthropologie culturelle, la philosophie et l’étude des traditions anciennes. La philologie, c’est-à-dire l’étude historique des langues et des textes, doit aider à examiner les mots, leurs transformations et les significations qu’ils ont pu recevoir au fil du temps.
La préface défend également l’idée d’une origine commune de l’humanité, en s’appuyant sur les passages bibliques qui présentent Noé comme l’ancêtre des peuples après le Déluge et qui affirment l’unité du genre humain (Genèse 9:18-19 ; Actes 17:26). Cette conviction conduit les auteurs à défendre une conception de la dignité humaine qui dépasse la race, la couleur de peau et l’appartenance communautaire.
Dans cette perspective, la philosophie d’Alkebulan vise à réexaminer l’histoire des peuples et des civilisations sans effacer certaines mémoires. Elle cherche à relier spiritualité, culture et identité humaine, tout en redonnant une place à l’étude des civilisations africaines anciennes.
Pouvoirs, prophéties et lecture des royaumes
Parmi les questions étudiées figurent la transmission des textes sacrés, l’évolution des traditions religieuses, les transformations des interprétations théologiques, le rapport entre les institutions humaines et l’autorité divine, ainsi que l’influence de la philosophie et de la culture sur l’histoire de la foi.
Dans sa lecture des prophéties de Daniel, l’ouvrage met en relation les royaumes de Babylone, des Mèdes et des Perses, de Grèce et de Rome avec des étapes successives de l’histoire du pouvoir humain. Il rapproche également cette lecture de la figure d’Ésaü ou d’Édom, interprétée comme le symbole de forces opposées à l’héritage de Jacob. Cette interprétation appartient au cadre théologique des auteurs ; elle doit être distinguée d’un consensus historique et présentée comme une lecture parmi d’autres des textes prophétiques.
Assemblée religieuse, État et responsabilité des dirigeants
La préface distingue la pratique de se réunir dans la synagogue, d’étudier la Torah, de prier et de servir dans la vérité, des institutions religieuses qui auraient acquis un pouvoir politique ou se seraient placées au-dessus de l’autorité de l’État. Elle s’appuie notamment sur des passages relatifs à la nomination de dirigeants justes, à l’obligation faite au roi de lire la Torah et au rôle des prêtres et des Lévites dans l’enseignement des lois et le traitement des affaires difficiles (Exode 18:21-23 ; Deutéronome 1:16-17 ; 16:18-20 ; 17:14-20).
Selon la thèse défendue par l’ouvrage, les responsables religieux doivent eux aussi rester soumis à la Torah et ne pas transformer le service spirituel en pouvoir absolu. Les assemblées saintes et l’étude des lois sont ainsi présentées d’abord comme des pratiques de prière et d’instruction, plutôt que comme un gouvernement destiné à remplacer l’autorité civile (Lévitique 23:3 ; Deutéronome 31:10-13).
La préface met cette réflexion en rapport avec les avertissements de Marc 7:6-13 et de Matthieu 15:3-9 contre le remplacement des commandements par des traditions humaines. Cette position doit toutefois être lue comme une proposition théologique et politique du livre. Dans un État moderne, elle doit être articulée avec la Constitution, l’État de droit, la liberté de conscience et l’égalité des citoyens devant la loi.
Un livre présenté comme une œuvre de restauration
Au terme de sa préface, Le Testament de Yehoshua est présenté comme un livre de restauration : restauration de la mémoire, de la compréhension et du lien entre les révélations et leurs racines historiques. Il ne s’agit pas seulement de retrouver des textes, mais aussi de réexaminer les fondements de la foi avec sérieux, humilité et discernement.
L’ouvrage est également décrit comme le fruit d’une collaboration. Pendant deux années, les auteurs et leurs partenaires ont partagé leurs lectures, leurs analyses, leurs idées et leurs expériences. La diversité de leurs parcours est présentée comme un moyen d’examiner plusieurs perspectives et de construire une œuvre commune.
La préface adresse enfin au lecteur une invitation à examiner, à faire des recherches et à exercer son discernement. Elle affirme que la vérité ne craint pas l’examen et renvoie notamment à Actes 17:11 et à 1 Thessaloniciens 5:21, qui encouragent la vérification et l’évaluation de toute chose. Le livre est donc proposé non comme une conclusion imposée, mais comme un voyage au cœur des Écritures, de l’histoire et de la compréhension spirituelle.
Les bulles pontificales et la conquête des terres non chrétiennes
Une question historique souvent associée à la colonisation européenne concerne certains documents émis par des papes au XVe siècle. Les deux pontifes principalement cités sont Nicolas V et Alexandre VI. Il est toutefois plus exact de parler de bulles pontificales utilisées par des puissances coloniales que d’affirmer que tous les papes auraient adopté une même politique ou que ces documents auraient, à eux seuls, créé le droit colonial moderne.
En 1452, le pape Nicolas V publia la bulle Dum Diversas. En 1455, il publia également Romanus Pontifex. Ces textes sont associés aux ambitions portugaises d’expansion en Afrique et à l’autorisation de combattre, de soumettre et de réduire en servitude des populations désignées dans le vocabulaire de l’époque comme musulmanes ou « païennes ». Romanus Pontifex accordait notamment au roi du Portugal des droits liés aux conquêtes et aux territoires situés le long des côtes africaines.
En 1493, le pape Alexandre VI publia Inter Caetera, dans le contexte des voyages de Christophe Colomb et de la rivalité entre les couronnes du Portugal et de la Castille. Cette bulle est souvent citée dans l’histoire de ce que l’on appelle la doctrine de la découverte, c’est-à-dire un ensemble d’idées juridiques et politiques qui ont servi à justifier la prise de possession de territoires autochtones par des puissances européennes. Cette doctrine a ensuite été développée par des États et par des tribunaux, notamment dans des contextes coloniaux, et ne doit pas être réduite à un seul document pontifical.
Ces textes ont été utilisés pour soutenir l’idée que des terres habitées par des peuples non chrétiens pouvaient être conquises, leurs ressources appropriées et leurs systèmes de souveraineté écartés. Leur contenu doit être replacé dans le contexte de la chrétienté médiévale, de la compétition entre royaumes européens, de l’expansion maritime et de la colonisation. Ils ne prouvent pas que chaque chrétien ou chaque pape ait défendu les mêmes pratiques, ni qu’ils puissent justifier moralement les violences, l’esclavage ou l’expropriation.
Il existe d’ailleurs des textes pontificaux ultérieurs qui ont pris une position différente. En 1537 le pape Paul III, dans la bulle Sublimis Deus, affirma que les peuples autochtones ne devaient pas être privés de leur liberté ni de la possession de leurs biens, même s’ils se trouvaient en dehors de la foi chrétienne. Cette opposition historique montre que les positions ecclésiastiques n’ont pas été uniformes et qu’il faut examiner les documents séparément.
En 2023, le Saint-Siège a déclaré que la « doctrine de la découverte » ne faisait pas partie de l’enseignement officiel de l’Église catholique. Dans le même temps, il a reconnu que les bulles Dum Diversas, Romanus Pontifex et Inter Caetera ne reflétaient pas suffisamment l’égale dignité et les droits des peuples autochtones, et que leur contenu avait été utilisé à des fins politiques pour justifier des actes immoraux. Cette déclaration ne doit pas effacer les souffrances historiques ni les débats sur la responsabilité des institutions ; elle constitue plutôt une reconnaissance contemporaine des conséquences de ces textes et de leur instrumentalisation.
Cette histoire peut être rapprochée de la réflexion du Testament de Yehoshua sur la justice, l’autorité et la dignité humaine. Les passages bibliques qui affirment que Dieu ne fait pas de favoritisme (Deutéronome 10:17-19), que tous les peuples ont une origine humaine commune (Actes 17:26) et que le prochain doit être aimé comme soi-même (Lévitique 19:18) offrent un cadre critique pour évaluer les conquêtes, l’esclavage, la discrimination et l’expropriation. Ils ne remplacent pas l’étude historique des bulles, mais ils permettent d’interroger la compatibilité entre une pratique de domination et les exigences de la justice divine.
1. Qu’est-ce que le Livre des Jubilés ?
Le Livre des Jubilés, également appelé Livre des divisions des temps ou Petite Genèse, est un texte juif ancien qui reprend et réinterprète une partie des récits de la Genèse et du début de l’histoire d’Israël. Il évoque notamment Adam et Ève, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph et l’origine des tribus d’Israël. Dans sa forme finale, il est généralement situé autour du IIᵉ siècle avant notre ère, même s’il reprend des traditions plus anciennes.
Le livre ne se contente pas de répéter les récits bibliques. Il les organise selon une conception précise du temps et y ajoute des développements sur les anges, les alliances, les fêtes, les pratiques religieuses et l’observance des lois.
Le calendrier et le temps sacré
L’un des thèmes centraux des Jubilés est l’idée que Dieu a établi un ordre du temps. Le texte insiste notamment sur le sabbat, les fêtes, les jours consacrés et la nécessité de respecter le calendrier religieux.
Cette conception donne au temps une dimension morale. Le calendrier n’est pas seulement un instrument pratique pour compter les jours. Il devient un signe de fidélité à l’alliance et un moyen de préserver une identité religieuse.
C’est dans cette perspective que les auteurs de Le Testament de Yehoshua rapprochent les Jubilés de la question évoquée dans Daniel 7:25, qui concerne le pouvoir de changer les temps et les lois. Le livre invite ainsi le lecteur à se demander si des personnes ou des institutions peuvent modifier arbitrairement ce qui est considéré comme établi par Dieu.
2. Les points de rencontre entre les Jubilés et le message de Le Testament de Yehoshua
Revenir aux sources
Le Testament de Yehoshua invite les lecteurs à revenir aux textes anciens, à les comparer et à les examiner sans dépendre d’une seule interprétation ultérieure.
Les Jubilés s’inscrivent dans cette démarche parce qu’ils reprennent les récits anciens et les interprètent à partir d’une vision particulière de l’histoire, du calendrier et de l’alliance. Le texte peut donc servir de source pour étudier la manière dont certains groupes juifs anciens comprenaient leur passé et leurs obligations religieuses.
Il ne faut cependant pas confondre l’étude d’un texte ancien avec l’acceptation automatique de toutes ses affirmations. Les textes doivent être examinés selon leur date, leur langue, leur transmission et leur contexte historique.
La loi comme fondement de la vie collective
Dans les Jubilés, la loi n’est pas présentée comme une simple règle liturgique. Elle touche aussi à la famille, à la loyauté, à la responsabilité, à la moralité et aux relations entre les membres de la communauté.
Cette idée rejoint le message de Le Testament de Yehoshua, selon lequel l’enseignement de Yehoshua doit être examiné non seulement dans le domaine religieux, mais aussi dans ses conséquences pour la vie sociale et politique. Une foi qui parle de justice devrait, selon cette perspective, influencer la manière dont les personnes se traitent et dont les institutions exercent leur autorité.
Le temps et la responsabilité
Dans les Jubilés, l’histoire n’est pas une succession d’événements sans signification. Le temps est associé à des responsabilités, à des engagements et à une fidélité à l’alliance.
Dans la société contemporaine, cette idée peut susciter plusieurs questions : les dirigeants respectent-ils le mandat qui leur a été confié ? Les lois sont-elles modifiées dans l’intérêt général ou au profit de quelques-uns ? Le rythme économique laisse-t-il une place suffisante au repos, à la famille et à la réflexion ? Le progrès matériel est-il accompagné d’une responsabilité morale ?
3. Qu’est-ce que le Livre de Jasher ?
Le Livre de Jasher, ou Sefer ha-Yashar, est mentionné dans Josué 10:13 et 2 Samuel 1:18. Ces passages bibliques renvoient à un « Livre de Jasher », mais l’identité exacte de cet ouvrage ancien n’est pas établie avec certitude.
Le texte qui circule aujourd’hui sous le titre de Livre de Jasher n’est pas unanimement reconnu par les spécialistes comme étant le livre ancien mentionné dans la Bible. Son origine et sa date font l’objet de discussions. Il convient donc de le présenter comme une source de recherche et non comme une preuve incontestable.
Les thèmes du Jasher transmis aujourd’hui
Le Jasher connu aujourd’hui développe des récits concernant Abraham, Nimrod, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse et Josué. Il ajoute des détails à des histoires déjà connues et met en avant des thèmes tels que la fidélité, le courage, la résistance à l’idolâtrie, la sagesse et les conflits entre pouvoirs humains et confiance en Dieu.
D’un point de vue littéraire, ce type de récit cherche souvent à combler les silences d’une narration plus brève. Il permet donc d’étudier la façon dont des communautés ont voulu expliquer les motivations des personnages, la portée des batailles et le rôle des interventions divines dans l’histoire.
4. Les points de rencontre entre Jasher et Le Testament de Yehoshua
L’histoire comme lieu d’examen du pouvoir
Les récits concernant Abraham et Nimrod mettent en scène un conflit entre le pouvoir humain, l’idolâtrie et la fidélité à Dieu. Dans la lecture proposée par Le Testament de Yehoshua, ces récits invitent à se demander si un pouvoir fondé sur la contrainte peut durer, si un progrès sans vérité peut produire la paix et si un dirigeant peut exiger une obéissance absolue.
La question conserve une portée actuelle : le pouvoir doit-il être accepté simplement parce qu’il est fort, ou doit-il être évalué à la lumière de la justice, de la vérité et de la protection des personnes vulnérables ?
Joseph et la fidélité dans l’exercice de l’autorité
Le récit de Joseph est utilisé comme l’exemple d’un responsable qui traverse des épreuves tout en conservant sa fidélité, sa patience, sa sagesse et son sens du bien commun.
Cette lecture rejoint l’idée que le bon gouvernement ne se mesure pas seulement aux déclarations d’un dirigeant. Il se mesure aussi à la manière dont celui-ci protège les personnes vulnérables, gère les ressources communes et résiste à l’abus de pouvoir.
Josué, la guerre et la question de l’autorité
Jasher développe également des récits liés à Josué, notamment autour de Josué 10:13, passage qui évoque l’arrêt du soleil et de la lune.
Le Testament de Yehoshua propose de ne pas lire ce récit uniquement comme une histoire de guerre ou de miracle. Il invite aussi à se demander comment les peuples anciens interprétaient les événements extraordinaires, comment les récits de victoire contribuaient à construire l’identité collective et comment la religion pouvait être utilisée, à tort, pour justifier la violence.
Cette précaution est essentielle. Les textes historiques et religieux peuvent contribuer à la paix et à la réflexion morale, mais ils peuvent aussi être instrumentalisés pour donner à un groupe le droit de dominer ou d’humilier un autre groupe.
5. Les Jubilés, Jasher et Yehoshua : les principaux points communs
Le tableau suivant résume les rapprochements proposés par l’ouvrage. Les références bibliques indiquent les passages qui éclairent ces thèmes ; elles ne constituent pas une preuve que les textes des Jubilés ou de Jasher ont le même statut que les livres bibliques.
Tableau des rapprochements bibliques
Ce tableau résume les rapprochements proposés dans l’ouvrage. Les références bibliques éclairent les thèmes abordés ; elles ne signifient pas que les livres des Jubilés et de Jasher ont le même statut que les livres bibliques.
| Thème | Référence biblique | Idée centrale dans l’ouvrage |
| Alliance et histoire | Genèse 12:1-3 ; 17:1-8 | Les récits des patriarches sont lus comme une histoire d’alliance et de responsabilité. |
| Loi et temps sacrés | Exode 20:8-11 ; Lévitique 23:1-4 | Les Jubilés sont rapprochés du sabbat, des fêtes et du respect des temps consacrés. |
| Justice et gouvernance | Deutéronome 16:18-20 ; 17:18-20 | Le dirigeant doit connaître la loi, rendre une justice équitable et rester soumis à l’autorité divine. |
| Royaume et vérité | Daniel 7:25-27 ; Matthieu 6:33 | Le pouvoir humain est confronté à l’espérance d’un Royaume fondé sur la justice et la vérité. |
| Josué et discernement | Josué 10:12-14 ; 2 Samuel 1:17-18 | Les références à Jasher invitent à étudier les récits anciens avec prudence et à distinguer mémoire, tradition et preuve. |
6. Les conceptions juives anciennes de la justice divine
Les conceptions juives anciennes de la justice divine ne concernaient pas uniquement le culte. Elles touchaient également la vie familiale, le commerce, les tribunaux, la direction politique, la gestion de la terre et la protection des personnes sans pouvoir, comme le montrent les prescriptions relatives à l’impartialité, aux pauvres et aux étrangers (Lévitique 19:9-18 ; Deutéronome 10:17-19).
Dieu comme juge de vérité
Dans cette vision, Dieu ne juge pas selon l’apparence, la richesse ou la position sociale. La valeur d’une personne se mesure à ses actes et à sa fidélité à la justice, car Dieu « ne fait point de favoritisme » et n’accepte pas les présents qui faussent le jugement (Deutéronome 10:17-18 ; 16:19-20 ; 1 Samuel 16:7).
Cette conception implique que le riche et le pauvre doivent être traités équitablement, que le juge ne doit pas accepter de corruption, que le témoin ne doit pas mentir et que les étrangers ainsi que les personnes vulnérables doivent être protégés (Exode 23:1-9 ; Deutéronome 24:17-18 ; Proverbes 31:8-9).
Cette idée conserve une grande importance aujourd’hui, notamment dans la lutte contre la corruption, le favoritisme et l’impunité.
Justice et miséricorde
Dans les traditions anciennes, la justice ne consistait pas seulement à punir. Elle impliquait aussi la possibilité de restaurer le lien social, de reconnaître la victime et de permettre au coupable de changer, comme l’exprime l’appel prophétique à abandonner le mal et à pratiquer le bien (Ézéchiel 18:21-23 ; Michée 6:8).
Cette conception distingue la justice réparatrice de la simple vengeance. Dans la société contemporaine, elle peut encourager le dialogue, la médiation, la réinsertion et la recherche d’une réparation réelle pour les personnes victimes.
La protection des personnes vulnérables
Les lois et les textes anciens accordaient une attention particulière aux pauvres, aux veuves, aux orphelins, aux étrangers et aux personnes dépourvues de pouvoir (Deutéronome 24:19-22 ; Psaume 82:3-4 ; Jacques 1:27).
Dans la gouvernance moderne, ce principe peut être traduit par des politiques publiques qui protègent les personnes défavorisées au moyen de l’éducation, des soins de santé, de la lutte contre la pauvreté et de la garantie des droits fondamentaux.
Le sabbat et le droit au repos
Le sabbat portait également une dimension sociale et économique. Il rappelait que l’être humain ne devait pas être réduit à une force de travail permanente et que le repos devait être accordé à toute la communauté, y compris aux serviteurs, aux étrangers et aux animaux (Exode 20:8-11 ; Deutéronome 5:12-15).
Aujourd’hui, cette idée peut nourrir la réflexion sur le droit au repos, la protection des travailleurs, la santé mentale et l’équilibre entre l’emploi et la vie familiale.
L’alliance et la responsabilité
Dans les textes anciens, l’alliance entre Dieu et le peuple comportait à la fois des droits et des obligations. Cette logique permet de comprendre que l’autorité ne peut pas être séparée de la responsabilité (Exode 19:3-6 ; Deutéronome 6:4-9).
Dans la vie contemporaine, cela signifie que les droits des citoyens s’accompagnent de devoirs, que le pouvoir politique doit rendre des comptes, que les ressources publiques doivent servir l’intérêt général et que les promesses faites au peuple doivent être traduites en actes.
7. Le rôle de ces principes dans la société moderne
Construire un pouvoir soumis au droit
La conviction selon laquelle le dirigeant lui-même est soumis à la loi peut contribuer à lutter contre le pouvoir personnel et l’arbitraire. La loi donnée au roi lui ordonne de lire la Torah et de ne pas se considérer comme supérieur à ses frères (Deutéronome 17:18-20). Dans la société moderne, un gouvernement juste doit disposer de règles claires, d’institutions capables de contrôler l’autorité, d’une justice indépendante et de mécanismes permettant aux citoyens de demander des comptes aux responsables publics.
Combattre la corruption et le favoritisme
Si la justice divine ne dépend ni de la richesse ni du rang, la société doit également lutter contre les pratiques qui transforment l’argent, les relations personnelles ou la position sociale en privilèges judiciaires et politiques. Les textes bibliques condamnent explicitement les présents qui aveuglent les juges et les témoignages mensongers (Exode 23:8 ; Proverbes 17:23).
Cela suppose la transparence dans la gestion des ressources, la protection des lanceurs d’alerte, la sanction impartiale de la corruption et l’accès égal aux services publics.
Une économie dotée d’une responsabilité morale
Les conceptions anciennes de la justice conduisent à poser une question toujours actuelle : l’économie doit-elle viser uniquement le profit ou doit-elle aussi protéger la vie humaine ?
Une économie juste devrait garantir une rémunération équitable, empêcher l’exploitation des enfants, protéger les ressources naturelles, élargir les possibilités pour les personnes défavorisées et éviter que l’enrichissement des uns ne repose sur la destruction de la vie des autres. Cette exigence rejoint l’interdiction de retenir injustement le salaire du travailleur et l’appel à la solidarité envers le pauvre (Lévitique 19:13 ; Deutéronome 15:7-11 ; Jacques 5:4).
Justice et technologies
Les textes anciens ne parlent pas des technologies numériques, mais leurs principes peuvent aider à réfléchir à l’utilisation des données personnelles, à l’accès équitable aux innovations, à l’intelligence artificielle, à la désinformation et au pouvoir des grandes entreprises technologiques.
La technologie peut renforcer la justice, mais elle peut aussi produire de nouvelles discriminations lorsqu’elle est utilisée sans transparence, sans contrôle et sans protection des droits humains.
Ubuntu et justice en Afrique
Le message de Le Testament de Yehoshua peut être mis en relation avec la notion africaine d’Ubuntu, selon laquelle la personne devient pleinement humaine dans sa relation avec les autres. Sans confondre Ubuntu avec un concept biblique, on peut rapprocher cette idée de l’appel à aimer son prochain et à rechercher le bien commun (Lévitique 19:18 ; Matthieu 22:37-40 ; Philippiens 2:3-4).
Ubuntu rappelle que la prospérité d’une personne ne devrait pas être construite sur la destruction d’autrui. Cette vision met en valeur la solidarité, le respect, la famille, la réconciliation et la responsabilité collective, des thèmes également associés au partage, à l’entraide et à la paix dans les premières communautés chrétiennes (Actes 2:44-47 ; Romains 12:15-18).
8. Ce qu’il faut retenir et les précautions nécessaires
La mise en relation des Jubilés, de Jasher et de Le Testament de Yehoshua peut enrichir la réflexion, mais elle doit être menée avec prudence.
D’abord, tous les textes anciens n’ont pas la même origine ni le même statut. Certains sont reconnus par certaines communautés, d’autres sont considérés comme des écrits complémentaires, tandis que leur authenticité ou leur datation reste discutée.
Ensuite, un texte religieux ne doit pas être confondu avec une preuve historique ou scientifique. Il faut distinguer le message spirituel, le genre littéraire, le contexte historique et la démonstration scientifique.
Enfin, le langage de la justice ne doit pas servir à justifier la violence. Les récits de guerre, de miracles ou de pouvoir divin doivent être lus avec discernement, en particulier dans les sociétés marquées par les conflits, les discriminations et les divisions.
De même, Basileia ne devrait pas être utilisée pour imposer un pouvoir religieux qui nierait la liberté des autres. Dans la gouvernance contemporaine, les valeurs de vérité, de justice, de compassion, d’égalité et de responsabilité doivent pouvoir contribuer au bien commun, quelles que soient les convictions des citoyens.
Conclusion
Les Jubilés et Jasher permettent à Le Testament de Yehoshua d’élargir le débat sur l’histoire, les lois, le temps, la prophétie et la gouvernance. Les Jubilés insistent sur l’ordre du temps, le sabbat, les fêtes et l’alliance. Jasher développe quant à lui les récits des patriarches, des héros et des dirigeants, tout en rappelant la nécessité de vérifier son origine et son statut.
Lus de manière comparative, ces textes conduisent à une question essentielle : comment le message de Dieu doit-il se traduire dans la justice humaine et dans la gouvernance ?
Les conceptions juives anciennes de la justice divine offrent encore des principes pertinents : le dirigeant est soumis à la loi, les personnes vulnérables doivent être protégées, le pouvoir doit rendre des comptes, l’économie doit avoir une conscience morale et la justice doit rester liée à la vérité et à la compassion.
Dans cette perspective, Le Testament de Yehoshua ne demande pas seulement de relire l’histoire. Elle invite à réfléchir à la manière dont la Torah, la Basileia, l’Ubuntu et la justice peuvent devenir des réalités visibles dans la vie quotidienne.
La justice ne doit pas rester un mot dans les livres : elle doit se voir dans la gouvernance, l’économie, la famille et la vie de chaque jour.
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